Autorisation de défrichement
Article L.341-3 du Code forestier — seuils départementaux et compensations boisées

Toute opération qui supprime l'état boisé d'un terrain en vue de changer son affectation relève de l'autorisation de défrichement prévue à l'article L.341-3 du Code forestier, dès lors que la surface dépasse les seuils fixés par département. Le dossier doit démontrer la prise en compte des rôles du bois (écologique, économique, social, protection des sols et du cadre de vie) et prévoir des mesures compensatoires, typiquement des boisements compensateurs affectés d'un coefficient multiplicateur.

Cadre réglementaire

Le Code forestier et ses seuils départementaux.

Le régime du défrichement est codifié aux articles L.341-1 à L.342-1 du Code forestier. Le défrichement est défini comme toute opération qui supprime l'état boisé d'un terrain et met fin à sa destination forestière. C'est la destination qui compte : un simple éclaircissement sylvicole n'est pas un défrichement.

Le déclenchement dépend de seuils départementaux fixés par arrêté préfectoral — typiquement entre 0,5 et 4 hectares selon les départements. En dessous du seuil : pas d'autorisation. Au-dessus : autorisation obligatoire. Certaines zones (massifs protégés, sites remarquables) relèvent d'un seuil abaissé ou de régimes particuliers.

Cinq rôles du bois à apprécier (article L.341-5) :

  • Rôle écologique — habitats forestiers, corridors, biodiversité, séquestration carbone.
  • Rôle économique — production de bois d'œuvre, bois énergie, usage local.
  • Rôle de protection des sols — lutte contre l'érosion, régulation hydrologique.
  • Rôle social — paysage, récréation, patrimoine culturel, pastoralisme.
  • Rôle de défense contre les risques naturels — protection avalanches, chutes de pierres, crues torrentielles.

Le refus de l'autorisation peut être motivé par l'un de ces rôles. La procédure est instruite par la DDT (Direction Départementale des Territoires) avec avis du CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) et, selon les enjeux, de l'ONF.

Contenu du dossier

Six pièces à produire.

1. Formulaire CERFA 13632-07

Identification du demandeur, description du terrain à défricher (références cadastrales, surface), destination future, motifs invoqués.

2. Plan de situation et plan cadastral

Localisation précise du terrain, plan cadastral coloré avec emprise du défrichement, plan de situation échelle 1/25 000 ou adapté.

3. Analyse écologique et inventaire forestier

Description des peuplements forestiers (essences, âge, état sanitaire, volume sur pied), habitats, espèces présentes, continuités écologiques. Base scientifique pour l'analyse des cinq rôles.

4. Justification du projet

Motifs du défrichement (nature et utilité du projet final), alternatives étudiées, absence de solution alternative sans défrichement (ou défrichement moindre).

5. Mesures compensatoires

Boisements compensateurs (à surface équivalente ou selon coefficient multiplicateur — typiquement 1 à 5), travaux sylvicoles sur sites dégradés, versement au Fonds stratégique de la forêt et du bois à défaut de compensation physique.

6. Articulation avec autres procédures

Étude d'impact (si seuils R.122-2), dossier CNPN (si espèces protégées forestières), évaluation Natura 2000 (si site forestier classé). L'autorisation de défrichement s'intègre dans l'autorisation environnementale unique.

Coefficient multiplicateur

La compensation n'est pas toujours 1 pour 1.

La compensation par boisement est fixée par la DDT selon la valeur du bois détruit, appréciée au regard des cinq rôles. Le coefficient multiplicateur est typiquement :

  • 1 ha défriché → 1 à 2 ha à boiser pour un peuplement forestier banal sans enjeu patrimonial particulier.
  • 1 ha défriché → 2 à 3 ha à boiser pour un peuplement à enjeu écologique ou paysager marqué (forêt ancienne, bois remarquable).
  • 1 ha défriché → 4 à 5 ha à boiser pour un peuplement à haut enjeu de protection (forêt de protection, massif classé, fonction antiérosive).

À défaut de compensation physique (absence de terrain disponible), une contribution financière au Fonds stratégique de la forêt et du bois peut être prononcée — montant établi par hectare selon le barème préfectoral.

Les boisements compensateurs doivent être juridiquement sécurisés : acquisition foncière, convention avec propriétaire, engagement de gestion durable sur 30 ans minimum. Ils sont inspectés et validés par le CRPF et l'ONF.

Repères défrichement

Les ordres de grandeur.

L.341-3

Article de référence

Code forestier

5 rôles

À apprécier

Écologique, économique, social, sols, risques

1-5×

Coefficient compensation

Selon valeur du peuplement détruit

~0,5-4 ha

Seuil département typique

Fixé par arrêté préfectoral

FAQ défrichement

Questions fréquentes.

Toute opération qui fait perdre à un terrain sa destination forestière : coupe à blanc suivie d'un changement d'usage (construction, agriculture, aménagement), arrachage de haies ou bosquets au-dessus des seuils, destruction intentionnelle d'un peuplement boisé spontané sur terrain anciennement non forestier. En revanche, une coupe sylvicole normale suivie de régénération reste une opération forestière hors régime L.341-3.
Le seuil est fixé par arrêté préfectoral départemental, disponible en préfecture ou sur le site de la DDT. La fourchette typique est de 0,5 à 4 hectares selon la densité forestière du département : plus le département est boisé, plus le seuil est élevé. Certaines zones (parcs nationaux, zones montagnardes, littoral) peuvent relever de seuils abaissés ou de régimes particuliers (forêts de protection L.411-1 Code forestier).
Infraction pénale sanctionnée par l'article L.363-1 du Code forestier : amende pouvant atteindre 150 € par m² défriché illégalement, et obligation de remise en état (reboisement) aux frais du contrevenant. Pour un défrichement de quelques milliers de m², la facture peut atteindre des centaines de milliers d'euros. Les services de la DDT et l'ONF contrôlent régulièrement par photo aérienne.
En principe oui, dans le ressort territorial de la DDT instructrice. Des dérogations sont possibles si aucun terrain compensable n'existe localement — dans ce cas la compensation peut être étendue au département voisin ou à la région, ou remplacée par une contribution au Fonds stratégique de la forêt et du bois. La proximité reste préférée pour maintenir les services écosystémiques locaux.
Oui, et c'est fréquent sur les projets d'aménagement en milieu forestier. Si le peuplement défriché abrite des espèces protégées (chiroptères arboricoles, lucane cerf-volant, pique-prune, chouette chevêche, etc.), une dérogation L.411-2 au titre de la faune et un dossier CNPN sont nécessaires en plus du dossier de défrichement. Les deux procédures sont instruites en parallèle, de préférence dans le cadre de l'autorisation environnementale unique.
De 4 à 8 mois pour un dossier simple, jusqu'à 12 mois pour un dossier complexe avec avis d'ONF et expertise écologique approfondie. Le délai légal d'instruction DDT est de 2 mois à compter d'un dossier complet, mais les demandes de compléments fréquentes allongent systématiquement ce délai. L'autorisation, une fois délivrée, a une validité de 5 ans.

Instruire une autorisation de défrichement ?

Analyse du seuil départemental, inventaire forestier et écologique, justification des rôles, dimensionnement de la compensation, articulation CNPN / étude d'impact / Natura 2000. Devis sous 48 h.

Sans engagement · Réponse sous 48 h ouvrées · Données confidentielles